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« Mon couple va-t-il durer ? » Ce que la recherche peut dire
C’est la question que l’on tape à deux heures du matin, et à laquelle des tests en ligne répondent en quinze questions. La recherche a réellement essayé d’y répondre, avec des résultats célèbres. Voici ce qu’ils valent, et pourquoi aucun rapport honnête ne vous répondra par oui ou par non.
La promesse célèbre
John Gottman a écrit qu’il pouvait prédire, à plus de quatre-vingt-dix pour cent, quels couples allaient divorcer, après les avoir observés quelques minutes en discussion de désaccord. Le chiffre a fait le tour du monde. Il vient d’études réelles : des couples filmés en laboratoire, leurs échanges codés expression par expression, puis un suivi de plusieurs années pour savoir qui s’était séparé.
Les conditions comptent. Quelques dizaines de couples par étude, une situation artificielle, un codage fin réalisé par des observateurs formés, et une « prédiction » établie après coup : le modèle qui distinguait les couples séparés des autres a été ajusté sur ces couples-là, une fois leur sort connu.
Ce que les critiques ont montré
En 2001, Richard Heyman et Amy Slep ont refait l’exercice en séparant les couples en deux groupes : construire le modèle sur les premiers, le tester sur les seconds. La précision tombait alors nettement. Ce n’est pas que les observations de Gottman étaient fausses ; c’est qu’un modèle qui décrit très bien ce qu’il a vu ne prédit pas aussi bien ce qu’il n’a pas vu. Décrire et prédire sont deux choses.
S’ajoute un problème d’échelle. Dans une population où peu de couples se séparent sur la période étudiée, même un très bon modèle produit beaucoup de fausses alertes, et un couple « prédit » en danger a de bonnes chances de ne pas l’être. Ces prédictions parlent de groupes ; aucune ne parle de vous.
Ce qui tient quand même
Débarrassés de la promesse de prédiction, plusieurs constats restent solides et utiles. Le mépris répété est associé à la séparation plus fortement que la colère. La réciprocité du négatif, quand chaque pique en appelle une autre, l’est aussi. Le schéma où l’un demande et l’autre se retire s’entretient et use. Les tentatives de réparation qui aboutissent, un « pardon, je m’y prends mal » entendu, protègent. Et la façon de répondre aux petites sollicitations quotidiennes compte davantage que les grands moments.
Ce sont des marqueurs associés à des trajectoires, dans des groupes observés. Ils indiquent où regarder. Ils ne disent pas où vous allez.
Pourquoi une conversation écrite ne peut pas prédire
Une conversation WhatsApp ne contient que ce que deux personnes s’écrivent quand elles ne sont pas ensemble. Tout le reste, la voix, le regard, les soirées, les silences partagés, les réconciliations de vive voix, en est absent, et les couples diffèrent énormément sur la part de leur vie qui passe par les messages. Prédire depuis ce seul matériau serait prétendre lire un livre dont on n’a qu’un chapitre sur cinq.
Il y a une raison plus profonde. Un rapport que vous lisez change ce qu’il décrit : vous allez en parler, essayer autre chose, ou pas. Une prédiction sur un couple qui la lit n’a pas de sens. Une description, si.
Ce que vous pouvez regarder à la place
Ce qui a changé, et quand : les périodes d’une relation se voient dans les messages, et savoir qu’une distance date d’un déménagement ou d’une naissance change la question. Ce qui se répare, et ce qui ne se répare pas. Qui va vers qui. Ce dont vous ne parlez plus. Puis les questions que ces observations vous posent, à deux. Et si la lecture remue, en parler à un professionnel est plus utile que d’y revenir seul.
Ce que le rapport montre
Les régularités de votre conversation, datées et pesées : ce qui relève des marqueurs que la recherche associe aux trajectoires difficiles, ce qui relève de ceux qu’elle associe aux couples qui tiennent, et l’évolution des deux au fil de votre histoire, avec les extraits qui les fondent.
Ce qu’il ne montre pas
Une réponse à la question du titre. Pas de score, pas de pronostic, pas de probabilité de séparation : la recherche elle-même ne le permet pas depuis des messages, et un chiffre inventé ferait plus de mal qu’une question ouverte. Pourquoi le rapport refuse de noter.
Sources
- Gottman, J. M., & Levenson, R. W. (1992). Marital processes predictive of later dissolution: Behavior, physiology, and health. Journal of Personality and Social Psychology, 63(2), 221–233.
- Gottman, J. M., Coan, J., Carrere, S., & Swanson, C. (1998). Predicting marital happiness and stability from newlywed interactions. Journal of Marriage and the Family, 60(1), 5–22.
- Heyman, R. E., & Slep, A. M. S. (2001). The hazards of predicting divorce without crossvalidation. Journal of Marriage and Family, 63(2), 473–479.
- Christensen, A., & Heavey, C. L. (1990). Gender and social structure in the demand/withdraw pattern of marital conflict. Journal of Personality and Social Psychology, 59(1), 73–81.
- Driver, J. L., & Gottman, J. M. (2004). Daily marital interactions and positive affect during marital conflict among newlywed couples. Family Process, 43(3), 301–314.
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Mis à jour le 9 septembre 2026.
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